Vendredi 7 novembre 2008



Ses pieds de poissons allongés


j’irais dans la maison rose dans les murs et le béton

il y a les vielles tantes et on en parle pas


je lirai les cartes qu’il envoyait de Göttingen à ses parents

mon père avait-il le corps entouré de chewing-gum


derrière ta disparition il y a ta question de l’amour
       

je n’ai pas toujours eu du sol sous mes semelles

mon crâne collé pour ne pas tomber

mon ombre commence sous mes pieds


un amoureux amoureux vers qui je pourrais prendre forme
       
nous ne vieillirons pas ensemble
   
   
j’aimerais
       
j’aimerais que nous parlions
       

je mal aimée j’ai mal en mot mal à mort suis mal apprise mal

entendue mal dite et mal colique à mal à ligne et mal en meurtre

alors je mouds je mouds les mots

puis rien


il faut border les enfants


du haut de son échafaudage il me remet les pieds au sol
       
parfois je ne sais plus dans quelle histoire je suis
       
avoir le coeur en morceaux la tête en tôle mais danser  
     
couper mes cheveux pour commencer


elle a de grands pieds je n’en ai quasiment pas tu avances
       
l’utilité de la folie pour ceux qui en seraient indemnes

reprendre mon souffle et parler


il vaut mieux se constituer une réserve un endroit où ranger ses

provisions portions potions et poisons par exemple il y a des

réserves dans les maisons


nous n’avons pas les mêmes mots
       
ma trist ma coler mon amer mon desar moi
       
dans cette réserve tu peux attraper des poissons
   
   
s’arrêter sur le seuil

ferons nous l’amour à l’hôtel Peron


un passage d’amants
       
tant que l’espoir d’un lieu
       
repartir avec mes pauvres bagages


à dix ans j’étais un enfant pierre à onze ans à douze ans à treize ans

à quatorze ans à quinze ans à seize ans à dix sept ans à dix huit ans

à dix neuf ans
       
un pied dans la poitrine
       
fatiguée du caillou
       
rivetée à des tâches simples
       
un processus d’aliénation ordinaire


aujourd’hui je dirais qu’il est normal de devenir fou

ne pas rater le printemps       

je cherche à passer les discordances des temps
       
prendre langue faire l’ellipse
       
je me rapproche de moi


je voudrais accoucher d’une forclusion
       
mais vous avez peur docteur
       
j’entends que de là où vous parlez

vous en entendiez quelque chose

un processus d’aliénation hors ordinaire


fumer parce que fulminer
       
m’intéresser aux monstres
       
l’île le trou l’aspiration les bords tenir

       
il aurait suffit que vous en formuliez quelque chose

 de ce qui vous concerne

votre tentation d’emprise du fantasme je m’en caresse

et vous en remercie


la psychanalyse comme dispositif SM


avoir grandi mais en prison

derrière les grilles conceptuelles
       
je vais à Paris
       
être prise dans des dispositifs de rage
       
écrire ceci la famille tue

   
les habits vides du Bon Docteur L
 
« PsychoTiqueSchizoPhrèneMaNiacodéPressivIncurAble »

les yeux bleus de l’anesthésiste douze séances la mort mentale

mon corps a eu peur mise sous tutelle Allocation Adulte Handicapée
       
gloire à ceux qui sont morts pour elle Notre France Eternelle

aux enfants du 1er et 3ème canton morts pour la France


hériter de la bêtise et la faire fructifier en tirer profits et bénéfices
       
si tout le monde était comme ça la France Elle Marcherait bien

y a que l’amour maintenant qui marche y a que ça qui est sûr


un rendez vous avorté

un avortement avorté
       
ce je n’étais pas un avortement avorté

       
la vie


une tentative de vie
       
nous sommes vivants

clore quelque chose qui fuse depuis l’enfance

Par Valentine Garennes
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